Meeting Point (HEIM)

Comme vous le savez, On n’arrête pas la Comédie, notre théâtre ne peut pas vous accueillir mais il n’est pas vide pour autant, les artistes en ont fait leur maison et concoctent pour vous de superbes spectacles qu’ils pourront vous présenter dès que l’horizon sera dégagé. Après les créations de Little Nemo par Emilie Capliez et de Loto par Rémy Barché, c’est au tour de Catherine Umbdenstock notre artiste associée de créer le spectacle Meeting Point. Catherine et son équipe travaillent depuis quelques mois déjà sur cette création, ils ont fait des résidences dans d’autres théâtres notamment au CDN de Besançon et ils sont arrivés (ainsi que le décor) le 18 décembre à la Comédie de Colmar. Il se sont interrompus pendant les congés puis ont réintégré la grande salle le lundi 04 janvier pour la dernière étape de création. À cette occasion, Catherine a eu la gentillesse de nous ouvrir les portes de sa création, en voici le journal de bord.

Répétitions Meeting Point / ph. André Muller

Direct Salle - 5 janvier 14h42 – Épisode 1

Lorsque je pousse les portes de la Grande salle et que je plonge dans sa pénombre, mes yeux sont soudain attirés par la superbe lumière de Florent Jacob qui révèle la non moins superbe scénographie de Claire Schirck. Je m’installe le plus discrètement possible dans un fauteuil grinçant alors que Lucas Partensky et Christophe Brault interprètent une scène du texte de Dorothée Zumstein.

L’ambiance est détendue, les deux comédiens essaient des choses, les rires fusent du gradin, légers d’abord puis plus prononcés, quand la scène s’arrête, Catherine Umbdenstock surgit sur le plateau en essuyant ses larmes de rire, elle aiguille les comédiens, leur demande d’atténuer un peu leurs propositions mais les encourage sur cette voie, sur ce côté tragico-burlesque, c’est par là qu’il faut chercher.

Pendant qu’elle parle, l’équipe technique papillonne dans la salle, un projecteur, un accessoire, une découpe sont remis en place, la salle vrombit de leurs mouvements presque chorégraphiques mais soudain la voix de Catherine résonne alors que le silence s’installe à nouveau, comme si l’ensemble de l’équipe était réglée sur la même horloge interne " Concentration s’il vous plait eeeet c’est parti!"

La scène est rejouée et la magie de la mise en scène a opéré, une entrée anticipée, un mouvement de projecteur, une interprétation plus mesurée et la scène devient soudain évidente, le texte est clair, l’intention complète l’énergie du jeu, les comédiens sont justes, en rythme. Maintenant il faut fixer, refaire la scène encore et encore jusqu’à l’intégrer mais nous devons déjà partir, je remonte les marches de la Grande Salle en évitant les câbles et vous dis à très vite pour un autre direct de la création de Meeting Point.

Répétitions Meeting Point / ph. Violette Relin

Direct Salle - 8 janvier 15h08 – Episode 2

Oh là là mais tout a changé en grande salle !! Cette après-midi l’équipe de Meeting Point travaille la seconde partie de la pièce et la scénographie qui reste la même est totalement différente. La dernière fois que nous sommes venus, le fond de scène en bois était plein, aujourd’hui il est à jour, la lumière qui était plus intimiste est aujourd’hui plus présente, colorée, elle passe du vert au rouge puis au bleu et quand j’arrive en salle, Lucas est en plein mouvement, il traverse le plateau et installe le décor sur les accords d’un opéra, un opéra bien retentissant comme on les aime, Mozart certainement.

Sur le plateau, Lucas finit ses changements à vue alors que la voix de Catherine s’élève des gradins pour lui donner des indications au fur et à mesure de ses déplacements jusqu’au final : « Et le nain de jardin ! », enfin tout est prêt, les parents de Sebastian (Christophe Brault et Pascale Schiller) arrivent et admirent les changements effectués dans la maison familiale. Catherine interrompt la scène et s’adresse à Samuel Favart-Mikcha créateur son. « Et quand Lucas est installé, on envoie les petits chants d’oiseaux », Samuel les envoie pendant que Lucas se rend compte qu’il a oublié de mettre sa chemise et que Pierre Mallaisé, régisseur général remet le décor en place.

Catherine précise à Lucas les mouvements qu’il doit effectuer, les différents lieux à installer, (« son coin kitsch est plutôt par-là ») et lui propose de refaire les mouvements, elle souhaite surtout se remettre la musique dans l’oreille et pouvoir adapter les mouvements de Lucas en fonction des différents rythmes. L’équipe écoute la musique dans un moment de communion, Lucas essaie une chorégraphie possible, sur le bon tempo pendant que la salle vibre des mouvements des techniciens, puis le temps se suspend, reprend son souffle et… « C’est bon pour vous ? On y va ! », Christophe dit sa dernière réplique « Ma femme c’est l’autre » et comme le dit Catherine « Et Tchong ! Envoyez le gros opéra ! ».

C’est beau, les mouvements de Lucas sont flamboyants et dans l’image finale, très colorée, les comédiens sont superbes, bien en lumière dans cette nouvelle installation. Sebastian trône au centre du plateau dans son gros fauteuil Louis XV. La scène continue, je découvre enfin Pascale Schiller, magnifique avec sa voix si vibrante avec laquelle elle déclame le début d’un poème allemand. Malheureusement, nous devons les laisser, déjà… L’équipe continuera à travailler sans nous, à affiner, à inventer, à créer et nous découvrirons tout cela la semaine prochaine.

Direct Salle - 12 janvier 15h34 – Episode 3

Aujourd’hui j’arrive en salle au milieu d’éclats de rire. Christophe, Lucas, Pascale et Catherine sont en pleine discussion d’après scène, les échanges amusés fusent. Nous sommes à la seconde partie de la pièce, la famille de Meeting Point finit une partie de Scrabble (d’après les accessoires qui se trouvent sur la table), Christophe lance sa dernière réplique et sort, le téléphone de Sebastian sonne, il engage une conversation avec son ami américain dans un anglais impeccable (« The garden gnome is gone»). Il montre la photo de son cow-boy à sa mère qui s’enthousiasme « Moi je trouve ça très bien que les Américains reviennent dans cette maison ». La scène se finit, Pascale pose des questions sur le sens du jeu, « Pourquoi Sebastian quitte la scène d’ailleurs ? » Lucas répond en plaisantant « Parce que j’ai une scène juste après. »

Catherine propose d’essayer oui, voyons ce que ça donne. Sebastian reste jusqu’à la fin et regarde le dernier trajet d’Eva qui va épingler la photo du garçon en question sur un mur de la maison dans un joli moment d’intimité entre une mère et son fils. Catherine donne d’autres indications à Lucas : « On te « warnim », mince comment on dit en français, on te… suit jusqu’à ce que tu sortes. »

Une autre scène débute, Christophe marche dans le noir en faisant des petits bruits pour faire comprendre qu’il descend les escaliers de la cave, Catherine lui propose de chantonner un petit air : « Kling glöckchen klingelingeling », un peu évasif. Franck et Sebastian sortent du noir, le père explique au fils que le « Vulavul » vit dans cette cave, qu’il leur inspirait une terreur noire à lui et à ses sœurs lorsqu’ils étaient enfants, c’est le fantôme de la maison. Les deux hommes se trouvent dans la pénombre, dans un faible rai de lumière et chuchotent, n’osent pas faire plus de bruit pour ne pas l’attirer ce Vulavul. Catherine leur propose de la refaire en repoussant la fin, en ne s’établissant qu’un peu plus tard dans l’assise et le chuchotement. La scène finit « Moi je trouve qu’on est bien dans cette cave » - « Mouais, au moins on n’a pas à redouter qu’un obus vienne défoncer le toit ».

 Je quitte la salle alors que Catherine précise d’autres détails du texte, je remonte les marches de la salle, encore plongée dans le noir mais je suis rassurée par la lumière au fond de la salle et les voix des comédiens qui continuent à chuchoter.

ph. André Muller

Direct Salle – 19 janvier 13h42 – Episode 4

Nous sommes à 40mn de la générale de Meeting Point, dans la salle résonne la voix chaude et cassée de Louis Armstrong, l’équipe s’affaire, elle range la salle, enlève ce qui traine sur les tables qui sont encore disséminées dans les gradins.

Aujourd’hui nous aurions dû être en pleine effervescence, cette énergie particulière qui papillonne dans un théâtre les jours de générale, les derniers préparatifs avant la Première, cette émotion si étrange du « ça y est, enfin le spectacle est là, l’équipe intimidée d’aller à la rencontre du public mais prête ». Ce n’est que partie remise, on a beau se le répéter on sait que c’est terrible pour les équipes artistiques, d’avoir travaillé autant de temps, d’avoir imaginé ce moment des mois voire des années auparavant et de se retrouver dans une salle vide ou presque, à s’appliquer quand même pour les derniers préparatifs, à réussir à convoquer l’énergie et l’enthousiasme nécessaire pour jouer cette générale.

Demain, nous ouvrirons à quelques professionnels privilégiés, très peu et dans les plus grandes précautions sanitaires, Catherine, « enfant du pays » ne pourra pas le montrer à ses parents, ce n’est pas grave non mais c’est triste. Et bien elle rit, au milieu de la salle, elle précise quelques dernières choses avec Florent, avec Claire et elle plaisante, virevolte et rit. Et son rire est contagieux.

La lumière s’éteint dans la salle, « Dance me to the end of love » égraine ses dernières notes, il reste 20mn avant l’entrée des quelques spectateurs qui assisteront à cette générale, notre équipe principalement, nous allons enfin découvrir ce qui se tramait derrière les portes… Et bien si en fait, le voilà ce pincement de cœur particulier, ses petites chatouilles au creux de l’estomac, ce mélange de peur (parce qu’on a le trac pour notre équipe de Meeting point) et d’impatience. Lucas vient de monter dans les gradins pour régler une dernière fois son micro avec l’aide de Samuel qui chante « Killing me softly ». Je quitte la salle en entendant Pierre crier : « Entrée du public dans 5mn ! » et la voix de Samuel qui répond « Qu’est-ce que ça fait du bien d’entendre cette phrase ! ». Voilà, ça joue !