ON N’ARRÈTE PAS LA COMÉDIE ! #2

LOTO
Une première mondiale à Sundhoffen ! Monsieur le maire n’était pas peu fier.
Quelques jours plus tôt, nos vaillants techniciens avaient installé le décor de Loto au Centre socioculturel de la commune. Dans ce lieu pittoresque, à l’ambiance surannée, le spectacle de Rémy Barché ne pouvait pas mieux prendre son sens. Écrit sur mesure pour la tournée « Par les villages » par Baptiste Amann, Loto est un hymne à la culture rurale, aux salles des fêtes, à ces lieux de vie qui égaient les samedis soir loin des villes.

Pendant une semaine, c’est donc dans ce village de la plaine que la Comédie allait poser ses tréteaux pour la dernière ligne droite avant la création de Loto. Quelques habitants, curieux de rencontrer les artistes, avaient déjà réservé leur place pour la répétition publique prévue le samedi après-midi. Avant la grande première ! Bien sûr rien n’était simple, bien sûr les jauges étaient réduites, bien sûr il fallait prendre mille précautions sanitaires. Mais pour pouvoir partager ce spectacle, nous étions prêts à nous accommoder des contraintes. Toutes les communes partenaires du projet « Par les villages » l’étaient aussi. La tournée qui allait suivre, à Orbey, Eguisheim, Muntzenheim et Riquewihr, s’organisait vaille que vaille. Les banderoles s’affichaient déjà sur les ronds-points à l’entrée des villages, les tracts étaient distribués dans les boîtes aux lettres. Ailleurs, le couvre-feu était décrété. On voulait croire obstinément qu’il ne nous gagnerait pas trop vite, que Loto pourrait commencer à vivre sa vie...

Et puis tout s’est arrêté net, brutalement. L’épée de Damoclès s’est abattue sur le projet, comme elle a mis un frein à tant d’activités, pour tant de gens. Alors il a fallu replier bagage. La première mondiale, ce serait pour plus tard. Les communes ont rangé les banderoles. Qu’allait-il rester de tant d’énergie mise au service de cette tournée ?

Puisque les répétitions restaient autorisées, pas question de s’arrêter en si bon chemin ! Après une pause forcée, toute l’équipe de Loto s’est remise au travail, dans une Comédie privée de son public mais pas de ses artistes. Loto n’attend plus désormais qu’un printemps déconfiné pour prendre la route.

LE DESSIN DE VANOLI

QUESTION POUR UN BICHON
Dans Loto, création « maison » de Rémy Barché, Arnaud Bichon campe le rôle d’un animateur de soirées jeux organisées dans les salles des fêtes des villages. Pour ce Patrick Sébastien de province, le loto est le miroir de l’existence régie par les lois du hasard.

Être acteur, c’est être joueur ?
Quand j’étais gamin, il y avait toujours des petits chefs du terrain de foot qui voulaient m’interdire de jouer. Alors j’ai vite développé la capacité à m’amuser seul… même au tennis ! Avec Anaïs (Rouch), la chorégraphe du spectacle, nous bloquions nos portes en empilant des tas d’objets encombrants afin de nous empêcher d’entrer dans nos chambres d’hôtel respectives. Comme des gosses. J’ai toujours un ballon de basket dans mon coffre et des raquettes dans mon sac : j’adore le sport car dans ce domaine il faut trouver le geste juste, comme au plateau. Lorsque tu parviens à atteindre cette précision, c’est une satisfaction jubilatoire ! Devenir comédien m’a offert la possibilité d’avoir un cadre professionnel pour jouer.

Il y a une part d’insolence dans le jeu ?
Oui, surtout si nous jouons avec les limites, comme moi. Dès qu’il y a un cadre, je me démerde pour le décaler ! J’aimerais parvenir à être aussi impertinent sur scène que dans la vie, mais ça se conquiert. J’aime l’effronterie joyeuse.

Le rôle d’Arnaud dans Loto, c’est du sur-mesure ?
La racine et la sève du personnage que j’incarne me touchent. Il épouse totalement ma personnalité. Baptiste Amann, auteur du texte, l’a écrit en pensant à moi, même si on se connaît assez peu. Je me reconnais bien dans ce bourgeois cultivé qui envoie paître son milieu et fait le choix du populaire. Il y a un passage sur Chinon dans la pièce. J’aurais très bien pu le dire tant j’aime cette terre dense et riche où j’ai vécu, enfant : « Ah que j’aime le Chinon ! Ces vins du val de Loire, si chers à mon cœur, ont éduqué mon palais Mesdames-Messieurs! J’ai fait les vendanges là-bas, pendant presque dix ans, avant la naissance de Clémence. Chinon… Un coin sublime ! La terre de Rabelais ! L’endroit même où il écrivit sa première version de Gargantua ! Un terroir magnifique maintenu intact par le travail des viticulteurs d’ailleurs. »

PLAYLIST
Notre sélection musicale hebdo, pour se déconfiner les tympans
La Joueuse de Philippe Katerine
Ma ligne de chance d’Anna Karina
Pauvre chance de Barbara Carlotti
Your Name / My Game de Herman Dune
Good Luck Charm d’Elvis Presley
Qui perd gagne de Klub des loosers
He Got Game de Public Enemy
Destinée de Guy Marchand
Wicked Game de Chris Isaak
Et pour écouter la playlist, c’est juste là !

LE JT CONFINÉ
Retrouvez chaque vendredi nos deux envoyés très spéciaux en immersion dans un théâtre sans public mais pourtant en ébullition ! C’est par ici !