ON N’ARRÊTE PAS LA COMÉDIE ! #4

COSTUME
Sur le plateau de la Petite salle de la Comédie de Colmar, des planètes se mettent à tournoyer dans un nuage de fumée orange. Parmi les astres, transperçant les cieux, nous reconnaissons - difficilement - Jupiter qui a pris l’apparence d’Amphitryon. Pourquoi s’est-il grimé ainsi ? Pour dragouiller sa bien-aimée, Alcmène, vêtue d’une magnifique robe aux reflets dorés en soie sauvage. Des hommes en chemise bleue trop rigide, un gros manteau de laine de la marine sur les épaules et un calot blanc de matelot sur la tête se joignent à cette assemblée faite d’hommes et de dieux. Lorsqu’apparaît une drôle de bestiole poilue, sosie de Winnie l’ourson, suivie de son frère jumeau jaune flash, nous reprenons nos esprits vagabonds s’étant emportés au beau milieu des vêtements entreposés un peu partout pour être classés par catégories sur de solides portants métalliques. La pandémie ayant imposé un arrêt brutal des représentations, on en profite pour s’étaler dans la salle de spectacle afin de trier jupes, pantalons, vestes, shorts, t-shirts, chapeaux ou chaussures. De la scène aux gradins, des costumes de tous coloris, toutes matières et de toutes sortes, de la chemise déchirée et maculée de sang à la longe robe de soirée en panne de velours avec col en plumes, en passant par la parka matelassée… saumon. Rassurez-vous, cette couleur est désormais interdite par la BLTF (brigade du look du théâtre français).

Sous nos yeux, une vingtaine d’années de spectacles mis en scène par Matthew Jocelyn, Guy Pierre Couleau, mais aussi Émilie Capliez et Matthieu Cruciani, venus de la Comédie de Saint-Étienne, il y a deux ans, un camion plein à craquer de nippes et accessoires issus de leurs créations, comme ce sac Le Sportif au charme vintage qui ferait craquer plus d’un fripier ou ces raquettes de tennis en bois style twenties chic ayant connu leur moment de gloire en apparaissant dans L’Invention de Morel de Bioy Casares, mis en scène par Matthieu.

« Où je range le faux ventre ? » demande Muriel. Valérie reste songeuse devant les froufrous du portant Nightingale, spectacle de Matthew Jocelyn, directeur du théâtre qui s’appelait alors Atelier du Rhin. Émilie a un pincement au cœur, tenant dans ses mains la petite robe transparente mauve en tulle qu’elle portait, en tant que Marguerite, dans Faust. « Nous jouions à l’extérieur, alors tu imagines bien que dans cette tenue légère, j’en ai mangé, du moustique ! » se rappelle-t-elle avec… nostalgie. Catherine, habilleuse responsable de ce grand ménage vestimentaire, s’amuse à déchiffrer les étiquettes où se mêlent marques de fringues, noms de personnages et prénoms de comédiens. Jean de la Fontaine, Pourquoi Pas ?, Froggy, Clémentine ou Dolorès prennent place sur les cintres «Costumes d’époque», «Capes mixtes» ou «Manteaux de fourrures dames».

Les lumières s’éteignent. Les portes du théâtre se ferment. Le silence revient. Un voile se soulève, une perruque voltige, des bottes en caoutchouc s’animent, une veste à col Mao enlace un corset satiné et un maillot de bain seventies soyeux entre dans la danse avec un ondulant boa usé par le temps, mais toujours vigoureux.


LE DESSIN DE VANOLI



PLAYLIST COSTUMÉE
Our Socks Forever More de This Is the Kit
Last Nite I met a Costume de Glass Candy
White Coats de Baxter Dury, Delilah Holliday et Étienne de Crécy
Le Manteau de fourrure de Katerine
La Veste du soir de Lio
Le Pantalon de Mustang
Take off your shirt de Bibio
Dancing Shoes de Arctic Monkeys
Ooh la la de Run The Jewels
Mon truc en plumes de Zizi Jeanmaire à écouter ici !


LE JT CONFINÉ
Retrouvez une nouvelle fois nos deux envoyés très spéciaux en immersion dans un théâtre encore quelques jours sans public, de plus en plus en ébullition et une équipe très impatiente de vous accueillir ! Et un JT, un !